Générique / credits - +

Playshop conçu et réalisé par Jean-François Peyret et Nicolas Bigards

avec : Yannis Baraban,

Julie Bérès,

Catalina Carrio-Fernandez,

Marie Dablanc,

Victor Gauthier-Martin,

Benoît Marchand,

Photini Papadodima


scénographie : Nicky Rieti
images et son : Benoît Bradel, avec Etienne Dusard et Thomas Fernier
costumes : Maïka Guezel
lumières et machine : Bruno Goubert, assisté de Pierre Setbon
collaboration artistique : Jean Lassègue

coproduction : MC93 Bobigny, Compagnie tf2 - jean-françois peyret
avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

Du 9 avril au 18 avril 1999

Note d’intention de Jean-François Peyret - +

« L’homme veut se prouver sans cesse qu'il est un homme et pas un rouage. »
Le sous-sol de F. Dostoïevski

Un jour, lors des répétitions d’Un Faust – Histoire naturelle, Jean-Didier Vincent apporta un article* sur les travaux en morphogenèse d’Alan Turing qui proposait un modèle informatique de la constitution de l'ordre du vivant. À ma honte, je dois avouer que je ne connaissais ni l’œuvre ni la vie de ce mathématicien anglais dont la vie brève (1912–1954) marqua tant notre siècle. Non seulement parce qu'il est l'inventeur, en 1936, des machines qui portent son nom et qui sont les ancêtres des premiers ordinateurs, parce qu'il est un des pères de l'Intelligence Artificielle (il avait l'ambition de “construire un cerveau” et décréta qu’il n’y avait “pas de différence entre un homme qui pense et une machine qui pense”) mais également parce qu'il participa à la victoire alliée dans la Deuxième Guerre mondiale en décryptant les codes chiffrés que les Allemands envoyaient à leurs sous-marins de l’Atlantique. Et son destin aussi ne pouvait qu'éveiller notre curiosité : homosexuel, il fut jugé en 1952 et condamné à la castration chimique. Il se suicida en 1954 en croquant une pomme empoisonnée. Avant guerre, il avait vu à Cambridge Blanche Neige de Walt Disney et fredonnait sans cesse le fameux refrain : “Plonge la pomme dans le brouet Et laisse la mort qui endort y entrer.” Ce jour-là Alan Turing était entré dans notre théâtre, comme on entre dans la vie de quelqu’un ; il était évident qu'il n'en sortirait pas de sitôt. Mais qu’est-ce que le théâtre pouvait en dire ou en faire ? Se confronter à ce qui est un véritable mythe de notre époque n'est pas chose aisée. Mythique en effet le destin de cet homme qui a véritablement croqué le fruit défendu en défiant Dieu sur le terrain où celui-ci est peut-être le plus chatouilleux : celui de l'Ame, de l'Esprit ou de l'Intelligence, comme on voudra. Démesure prométhéenne cachée sous le non-conformisme de cet Anglais original qui voulut construire un cerveau "de ses propres mains" et délier ainsi l'esprit du corps et qui fut rattrapé par son corps et puni à travers lui. C'est une version possible de ce mythe, mais peut-être pas la seule L'idée nous vint alors de proposer à de jeunes comédiens (tous issus du Jeune Théâtre National) un exercice, une recherche, ce que nous appelons entre nous un "playshop", sur Turing et d'inventer notre Turing-Machine. Comment le théâtre, et pas par les moyens d'une petite fable biographique, peut-il s'emparer d'une telle matière, c'est-à-dire comprendre au plus près la pensée et l'imagination d'un tel homme? C'est ce que nous tenterons modestement de donner à voir, éclairés que nous avons été par les lumières de plusieurs “scientifiques” qui ont eu la courtoisie d'être intrigués par notre entreprise**. Ce “playshop” vient après notre petite méditation faustienne et poétique sur le Vivant et ouvre sur une réflexion à poursuivre sur les rapports entre l'Artificiel et le Vivant, entre la Pensée et la Machine, bref sur ce qui reste, avec ce siècle qui s'achève, de la vie de l'esprit. Une affaire, donc, que nous espérons à suivre.

Jean-François Peyret

* L'article était de Jean Lassègue. Depuis son livre Alan Turing (Les Belles Lettres) a été publié et Jean Lassègue eut la générosité et la patience de nous l'expliquer et de participer à notre aventure.
** Que soient particulièrement remerciés ici François Anceau (Cnam), Jean-Baptiste Berthelin (Limsi, Orsay), Anne Nicolle (Cnrs), Luc Steels et Frédéric Kaplan (Sony Lab), sans oublier nos amis Alain Prochiantz et Jean-Didier Vincent, avocats impeccables du vivant.

Partition de Turing Machine - +