Présentation - +

Un jour je prends la selle et le guidon, je les mets l'un sur l'autre, je fais une tête de taureau. C'est très bien. Mais ce qu'il aurait fallu tout de suite après, c'est jeter la tète de taureau. La jeter dans la rue, dans le ruisseau, n'importe où, mais la jeter. Alors il passe un ouvrier. Il la ramasse. Et il trouve que peut-être avec cette tête de taureau, il pourrait faire une selle et un guidon de vélo. Et il le fait... Ça aurait été magnifique. C'est le don de la métamorphose. Picasso Où en sont les frontières de l’humain ? Au moyen d’une machine théâtrale conçue comme un instrument d’investigation, Jean-François Peyret explore les vertiges d’un imaginaire proprement contemporain. C’est pourquoi ses complices sont aussi bien des scientifiques que des écrivains : c’est avec le neurobiologiste Alain Prochiantz qu’il a conçu ce premier volet d’un cycle inspiré par Ovide. Ils y feront résonner les métamorphoses d’antan avec les étranges mutations dans lesquelles nous engagent les technologies génétiques. Après trois spectacles consacrés à la confrontation ludique de l’intelligence artificielle et des prérogatives que s’attribue l’Esprit humain, les frontières de plus en plus indécises de l’humanité et de l’animalité feront l’objet de ce nouveau cycle. Bref, résume Jean-François, il s’agira d’utiliser la machine théâtrale comme « pense bête ».

Générique / credits - +

Spectacle de Jean-François Peyret et Alain Prochiantz
D’après Les Métamorphoses d’Ovide

Mise en scène : Jean-François Peyret

avec :

François Chattot,

Maud Le Grévellec,

Pascal Ternisien,

Jean-Baptiste Verquin,

Clément Victor

et les musiciens :

David Chevalier (piano),

Alain Trésallet (alto),

Julien Vanhoutte (violon)

Assistant à la mise en scène : Nicolas Bigards

Scénographie : Nicky Rieti

Lumière : Bruno Goubert

Musique : Alexandros Markeas

Images : Benoît Bradel

Costumes : Chantal de la Coste-Messelière

Internet : Agnès de Cayeux

Dispositif électro-acoustique : Thierry Coduys-La Kitchen

Assistante à la production : Soline de Warren

Régie générale : Pernete Famelart

Collaboration de polimniA

Coproduction : compagnie tf2 - jean-françois peyret, Théâtre National de Strasbourg. Avec l’aide du Ministère de la Culture et de la Communication, de la DRAC Ile-de-France et le Conseil Général de la Seine Saint-Denis.

Du 17 avril au samedi 4 mai 2002 au Studio kablé rue Jacques Kablé, TNS, Strasbourg

Du 8 novembre au 7 décembre 2002 au Théâtre de Gennevilliers

 

Un livre est édité aux éditions Odile Jacob : La Génisse et le pythagoricien, Traité des formes 1, de Jean-François Peyret et Alain Prochiantz ; un autre aux éditions Théâtre typographique : Trois Traités des passions par Jean-François Peyret.

Note d'intention de Jean-François Peyret et Alain Prochiantz - +

Il ne s’agit pas seulement d’une rencontre. Combien de rencontres sont éphémères. Il s’agit d’une occasion de faire de la science autrement, de montrer son côté nocturne qui n’apparaît jamais dans le discours officiel. À l’encontre d’une tradition établie par les plus grands, qu’on relise les Cahiers de notes de Claude
Bernard, rêver science se raréfie. Au mieux, on occulte ce que la découverte doit à l’imaginaire. L’organisation même du travail scientifique ne donne plus le loisir de laisser jouer la réflexion.
Prendre le temps de collaborer à une expérience théâtrale, c’est se donner la contrainte de gagner le large, mais toujours en travaillant la science. Il faut pour cela que l’expérience soit construite autour d’une idée qui concerne la discipline scientifique. C’est ici le cas, la forme et ses changements, l’unité du vivant, la frontière homme/animal; autant de thèmes que la poésie - celle d’Ovide au
premier chef - ou la philosophie explorent aussi. Ces correspondances, au sens baudelairien, n’ont peut-être pas d’autre avenir que d’exister dans ce spectacle et, au fond, ce n’est peut-être ni d’art ni de science dont il est question, mais plutôt de risque et d’expérimentation. Bref, nous tentons une sortie. Au théâtre.
ALAINPROCHIANTZ

 

Il s’agit quand même d’une rencontre. Qu’on espère pas trop éphémère et pas seulement la rencontre de personnes, d’amis mais aussi du théâtre et de la science, et si cette formulation est par trop pompeuse, de l’imagination (d’une imagination) théâtra le avec une imagination scientifique, tant il est vrai qu’un théâtre se faisant un peu le rêveur de la science se fait rare, s’il a du reste jamais existé.
Cette rencontre a donc un terrain, le plateau du théâtre, et un objet, une curiosité, du moins, celle des formes, celle de la forme qui intéresse à la fois le biologiste et, modestement, l’ artiste, si faire œuvre d’art, c’est tâcher d’inventer des formes vivantes.
Ainsi ce spectacle est le premier volet d’un Traité des Formes.
Elle a aussi, cette rencontre, un prétexte, Les Métamorphoses d’Ovide, ce poète qui chante le changement de forme et qui est obsédé par la fragilité de la frontière entre l’ homme et l’animal.
Car cette frontière est plus que jamais imprécise. L’ homme n’a jamais été moins définitif qu’ aujourd’ h i; il n’a jamais été aussi peu certain de ses définitions. Il n’a jamais été aussi capable de se transformer, comme aussi démuni devant les conséquences.
Comme animal, voici que la technologie génétique va le mettre dans le cas de pouvoir se bricoler un peu, tandis que d’un autre côté les machines qu’il a fabriquées l’invitent à d’ é t ranges métamorphoses qui risquent de lui faire perdre ses privilèges.
Voilà à peu près pourquoi Ovide vient faire un petit tour sur le théâtre de nos opérations (celles aussi que nous pratiquons sur nous-mêmes) pour nous raconter une fois de plus ses histoires à lui dans et par lesquelles la grande littérature se livre à son jeu préféré: l’assaut des frontières, comme disait à peu près Kafka, un
autre expert en métamorphoses, frontières de l’humain et de l’ a n i m a l , frontières du vivant et de l’inanimé, frontières d’une humanité « border-line », etc., etc. Il n’en faut en effet pas beaucoup pour qu’une jolie jeune femme se retrouve dans la peau d’une génisse. Mais quelle génisse! N’est-ce pas Zeus?
JEAN-FRANÇOISPEYRET

Partition de La Génisse et le pythagoricien - +

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