Citizen Jobs au Théâtre Vidy - Lausanne - +

Citizen Jobs peut être considéré comme le second volet d’un diptyque consacré par Jean-François Peyret à l’individualisme américain, à nouveau avec le formidable comédien Jos Houben. Après s’être essayé au texte de Henry David Thoreau dans Re:Walden, chef-d’oeuvre de la littérature américaine qui est aussi un livre culte de la contre-culture universelle, le metteur en scène se confronte aujourd’hui à Steve Jobs, le héros promoteur de l’ordinateur personnel. Thoreau dénonçait l’homme « devenu l’outil de ses outils », Jobs a forgé les artefacts suprêmes : les Macintosh, iMac, iPod, iPhone, iPad... Pourtant, il y a peut-être une secrète solidarité entre les deux. C’est en tombant un jour sur iDead, le petit film de Chris Marker consacré aux unes du monde entier sur la mort de Jobs, que Jean-François Peyret a eu la curiosité d’aller voir de plus près celui que la presse du monde entier pleurait comme un visionnaire, un génie, un cyber-patron révolutionnaire, un titan qui a voulu changer le monde et nous faire penser différemment (« think different »). Quand on lui parlait pomme et informatique, le metteur en scène songeait davantage à Alan Turing, le logicien britannique qui a inventé l’informatique, craqueur du code Enigma des Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale et croqueur de la pomme fatale avec laquelle il s’est suicidé en 1954. Citizen Jobs témoigne de cette bataille de pommes. Comment parler de Steve Jobs au théâtre ? On peut faire rêver à l’opéra monumental Steve in the Valley, que Bob W. et Phil G. auraient pu inventer pour traiter de notre héros ou, par un retournement de perspective, imaginer un Acte sans paroles dans lequel, entre prestidigitation et philosophie, programmation binaire et énigme zen, se débat non plus le héros mais le citizen numérique que nous sommes tous devenus.

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© Maëlla-Mickaëlle Maréchal